Mai 2026
Morgane, directrice de Permis de Construire 85
Rencontre avec une professionnelle engagée, au service d'une Vendée plus inclusive
Depuis avril 2026, l'association Permis de Construire s'installe en Vendée, à la Roche-sur-Yon. Portée par Vincent Fleury, son président, et Morgane Gelot, sa directrice, l'association Permis de Construire 85 a pour objectif d'accompagner les personnes placées ou passées sous main de justice dans leur parcours de réinsertion sociale, citoyenne et professionnelle. L'ambition : accompagner les premiers pilotes fin 2026, et ainsi participer à construire une société plus juste et inclusive, en offrant à chacun la possibilité d'une seconde chance. Partez à la rencontre de Morgane.
Présentation
Je m'appelle Morgane et j'ai un tout petit peu plus que 40 ans ! Je suis née dans les mauges et je suis vendéenne, par alliance, depuis plus de 15 ans.
Mon parcours professionnel est ancré dans le travail social depuis 20 ans. J'ai exercé des missions en protection de l'enfance, en centre d'hébergement et de réinsertion sociale auprès de divers publics. Deux expériences ont principalement ancré ma sensibilité professionnelle.
Il s'agit tout d'abord du métier d'éducatrice de rue, que j'ai mené durant 7 ans dans les quartiers Nord de Nantes auprès des jeunes et de leurs familles. Là-bas, j'ai rencontré le public des personnes placées sous main de justice, effectué mes premiers parloirs et découvert le milieu carcéral. Ensuite, j'ai exercé durant 7 ans le métier d'Intervenant Socio-judiciaire, accompagnant à la demande des tribunaux de Nantes et Saint-Nazaire des personnes en attente de jugement.
C'est dans ce cadre que j'ai découvert Permis de Construire. Le développement de cette association en Vendée s'inscrit dans la continuité de mon parcours, me permettant de maintenir une parfaite adéquation avec mes valeurs tout en mettant mon expérience au service du territoire et du public.
Ta vision de la réinsertion
Sans hésiter, ce sont les notions de temps, d'empathie et de confiance qui sont les plus importantes.
Le temps, car la désistance et la réinsertion sont des processus longs et difficiles.
L'empathie, car il est important de comprendre les difficultés de chacun et d'adopter une posture d'écoute, afin de libérer la parole — ainsi, la personne accompagnée peut nommer ses freins sans jamais craindre le jugement.
La confiance, quant à elle, se situe à plusieurs niveaux : dans la relation éducative qui se crée, mais aussi dans le fait d'aider la personne à reprendre confiance en elle-même.
Peu de personnes mesurent les conséquences d'une condamnation pénale. À la peine prononcée lors du jugement peuvent s'ajouter des privations de libertés, des impacts pécuniers, des répercussions citoyennes (inéligibilité, privation du droit de vote), professionnelles (interdictions, retrait du permis de conduire) ou encore sociales (stigmatisation…).
On sait que 63% des personnes sortant de prison sont de nouveau condamnées dans les 5 ans qui suivent leur libération. L'incarcération peut entraîner une rupture des liens sociaux et familiaux, un impact psychologique et identitaire, des conséquences matérielles et économiques — perte d'emploi, endettement, perte de logement — et des impacts sur la santé. Sortir de prison s'avère d'autant plus difficile que plus de 60% des anciens détenus ne bénéficient d'aucun suivi socio-judiciaire à leur sortie.
Pour offrir une seconde chance, un accompagnement soutenu, global et illimité doit leur être proposé.
Le territoire vendéen et ses enjeux
Le territoire vendéen est composé de deux maisons d'arrêt (La Roche-sur-Yon et Fontenay-le-Comte) et de 3 tribunaux (La Roche-sur-Yon, Fontenay-le-Comte et Les Sables-d'Olonne). Chaque année, les tribunaux vendéens prononcent en moyenne 2 500 à 4 500 décisions correctionnelles, avec une hausse de +10% observée ces deux dernières années.
De nombreuses entreprises sont installées en Vendée et le territoire est connu pour son taux de chômage parmi les plus bas de France. La solidarité et l'entraide sont des valeurs fortes sur lesquelles j'espère pouvoir m'appuyer — pour l'association comme pour les pilotes. Le maillage associatif à la Roche-sur-Yon est également très développé, ce qui constitue une force locale importante.
Les défis liés à la réinsertion restent multiples : difficultés de mobilité, accès au logement, accès aux emplois stables. Le réseau que nous allons développer nous permettra, je l'espère, de lever ces freins.
Tes ambitions pour PDC 85
Avec Vincent Fleury, Président de l'association, nous avons déposé les statuts le 27 avril 2026. Nous débutons actuellement les toutes premières rencontres institutionnelles et associatives, dans l'objectif de nous inscrire au sein du territoire et de construire nos futurs partenariats.
Nous sommes également à la recherche de financements, de nos futurs locaux et de nouveaux administrateurs qui souhaitent s'engager à nos côtés dans cette aventure !
Dans 3 ans, un PDC 85 réussi serait pour moi :
- Une association qui s'appuierait sur un partenariat solide et naturel
- Des pilotes réinsérés, des projets de vie en construction, de nouveaux liens sociaux durables
- Une équipe investie, épanouie, en total cohérence avec ses valeurs, dans une ambiance d'écoute et de confiance
- Une association reconnue par les institutions, les associations et par les pilotes
- Des entreprises engagées, sensibilisées et soutenantes auprès de l'association et des pilotes
Les partenariats locaux
Notre ambition est d'inscrire l'association au cœur du maillage local, en développant des synergies fortes avec les institutions et les acteurs associatifs déjà engagés. Je suis convaincue que la réussite des parcours de réinsertion repose sur la complémentarité des compétences, des missions et des modèles d'accompagnement de chacun. Ce travail de réseau permettra aux pilotes de consolider leur projet de vie, d'accéder à une réelle autonomie et de s'épanouir dans leur citoyenneté.
Côté entreprises, l'idée est de sensibiliser les chefs d'entreprise et leurs équipes sur ce public et ses spécificités, afin de lever les préjugés et diminuer la stigmatisation. L'objectif est de mobiliser les entreprises — financièrement et/ou humainement — pour que l'insertion professionnelle et le droit à la seconde chance soient possibles.
Je crois qu'au-delà des mots, rien n'est plus vrai que les rencontres. Une heure pour conseiller un pilote sur son CV, les attendus d'un entretien d'embauche, pour présenter un métier ou toute autre compétence, c'est souvent bien plus fort ! Ce moment partagé est facteur de lien social : il redonne un sentiment d'utilité à la personne venue, et de dignité aux personnes accompagnées.
Par contre, je ne suis pas sûre que vous ne resterez qu'une heure !
Pour finir
Nous accompagnons, à leur demande, des personnes placées ou passées sous main de justice qui souhaitent être soutenues de manière globale et illimitée dans la construction de leur projet de vie, afin qu'elles retrouvent une place utile, pérenne et choisie dans la société.

