Rencontre des mécènes : la réinsertion ne se construit pas seule


Et si, pour faire avancer la réinsertion, il fallait d'abord construire… une rencontre ?

Le 15 septembre, à Paris, le Réseau Permis de Construire a organisé sa première Rencontre des mécènes. Une quinzaine de partenaires étaient présents : des fondations d'entreprise, des fondations familiales et des fondations abritantes. Ils ont été accueillis par Marie Delmont, présidente, Ludovic Dardenne, directeur, Audrey Bellec, responsable philanthropie et Maëlle Mutel, chargée de communication.

Une après-midi pour se rencontrer autrement, partager une même vision de la réinsertion et imaginer de nouvelles façons d'agir. Avec en fil rouge une question simple : qu'est-ce que nous pouvons construire ensemble que nous ne pourrions pas construire chacun de notre côté ?

Rencontre des mécènes du Réseau Permis de Construire, le 15 septembre à Paris

Si Permis de Construire devait fermer ses portes ? C'est avec cette question, mise en scène sous forme de lettre d'adieu (fictive, rassurez-vous !), qu'Audrey Bellec a ouvert la journée. Parce qu'une mission, aussi essentielle soit-elle, ne se construit pas seule. Elle repose aussi sur celles et ceux qui choisissent de s'y engager dans la durée.

L'association ne s'est pas construite seule. Fondée à Nantes en 2010, le modèle s'est consolidé pendant des années avant d'essaimer, avec des partenaires privés présents dès les premières années, dont certains depuis plus de 10 ans !

Aujourd'hui présent dans six territoires, le Réseau propose un accompagnement global et dans la durée, un accueil inconditionnel avec un fort ancrage local. Un modèle qui a fait ses preuves : près de 2 000 personnes accompagnées depuis 2010, avec des effets concrets sur l'accès à l'hébergement, aux droits, la santé, l'insertion professionnelle, le lien social et le rapport à soi.

67 % sont en emploi ou en formation après plus d'un an d'accompagnement.
82 % retrouvent une solution de logement stable lorsqu'ils n'en avaient pas.
89 % croient désormais qu'un changement de vie est possible.

Source : Mesure d'impact 2026, Réseau Permis de Construire

Stéphanie Lassalle, de la Fédération Citoyens & Justice, a présenté quelques clés pour comprendre la justice pénale : la diversité des peines, les conditions de détention (marquées par la surpopulation carcérale, régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme) et la double mission de la peine, qui doit sanctionner mais aussi préparer le retour dans la société.

Les échanges ont aussi permis de dépasser certaines idées reçues. Derrière un parcours pénal, on trouve souvent des ruptures, de la précarité, des problèmes de santé, l'absence d'emploi ou de logement. Une condamnation ne résume jamais une personne.

La fin de la peine ne met pas fin au parcours. C'est souvent le moment où les difficultés s'accumulent : trouver un logement, faire valoir ses droits, retrouver une activité, renouer avec ses proches, se soigner.

« Il s'agit ni plus ni moins de reprendre pied dans une société dont on a été écarté. »

C'est dans ce temps long que s'inscrit la désistance : un changement de trajectoire progressif, qui s'appuie sur de nouveaux liens, de nouveaux repères et de nouvelles possibilités. Pour Stéphanie, c'est là que le Réseau Permis de Construire trouve sa place. Son accompagnement est indépendant de la peine, et les personnes accompagnées, les pilotes, y redeviennent actrices de leur parcours.

Un constat s'impose : la réinsertion est une responsabilité collective.
Intervention lors de la Rencontre des mécènes du Réseau Permis de Construire

Puis, Khaled Miloudi, parrain du Réseau Permis de Construire, est venu partager son parcours.

Après des années de détention, Khaled a trouvé dans l'écriture et la poésie un espace de reconstruction. Il a raconté la détention, l'exclusion mais surtout les rencontres, la confiance, l'écriture, les opportunités saisies, les personnes qui ont compté pour changer de trajectoire.

Il a également lu un poème écrit pour Permis de Construire. Un moment particulièrement fort, qui a rappelé que derrière les politiques de réinsertion et les chiffres d'impact, il y a avant tout des personnes et des histoires singulières.

Moment d'échange lors de la Rencontre des mécènes du Réseau Permis de Construire

La seconde partie de l'après-midi a laissé la parole aux partenaires. Réunis en petits groupes, ils ont partagé leurs expériences, leurs idées et leurs envies autour d'une question : comment aller plus loin ensemble ?

Premier constat : le soutien financier reste essentiel. Mais les partenaires ont aussi évoqué ce qu'ils pouvaient apporter autrement.

Mise à disposition de compétences, partage de réseaux, accès à des locaux ou du matériel, sensibilisation des collaborateurs, relais auprès de nouvelles communautés… chacun peut contribuer selon ses ressources et ses spécificités.

Les échanges ont aussi fait émerger des pistes concrètes d'action à mener ensemble : sensibilisation en entreprise, visites de terrain, portes ouvertes, engagement au niveau local, tables rondes avec des dirigeants et des élus.

« La rencontre, c'est ce qui permet de sortir des représentations. Une question se pose : comment on parle de ce sujet à quelqu'un qui ne s'y intéresse pas ? À nous de devenir des relais du changement de regard ! »
Partenaires réunis en petits groupes lors de la Rencontre des mécènes

Pour Audrey Bellec, Responsable philanthropie du Réseau Permis de Construire, cette journée ouvre ainsi une nouvelle réflexion sur la relation avec les partenaires :

« Cette rencontre nous a permis d'aller au-delà du soutien financier pour réfléchir à ce que nous pouvions construire ensemble dans la durée. Pour moi, c'est aussi ça, la philanthropie : partir d'une relation de confiance et d'une volonté commune d'agir contre l'exclusion, et mettre en commun ce que chacun peut apporter. Nous avons notre expertise de terrain, des projets qui ont un impact concret au quotidien auprès des personnes accompagnées. Nos partenaires ont leurs ressources, leurs réseaux, des personnes engagées autour d'eux, leurs expériences et leurs convictions. C'est en croisant tout cela qu'on peut aller plus loin et construire des réponses qui n'auraient peut-être pas été possibles chacun de notre côté. » Audrey Bellec, Responsable philanthropie

Cette première rencontre n'était qu'un point de départ. Les échanges vont se poursuivre avec les partenaires du Réseau, autour de nouvelles rencontres, de projets communs et de complémentarités à construire dans les territoires.

Parce que la réinsertion ne se construit pas seule. Elle se construit dans la durée, avec celles et ceux qui choisissent d'y prendre part.

Vous souhaitez échanger avec nous sur les enjeux de réinsertion ou découvrir les possibilités de partenariat ?

Audrey Bellec Responsable philanthropie 06 03 46 56 95
audrey.bellec@assopermisdeconstruire.org
Cécile Déchelotte Responsable des partenariats entreprises cecile.dechelotte@assopermisdeconstruire.org